Note de calcul conduit de fumée : la norme EN 13384-1, ce qu’elle vérifie et pourquoi elle est obligatoire

La note de calcul conduit de fumée selon l'EN 13384-1 : tirage, température, régimes, données nécessaires, pourquoi un abaque ne suffit pas, et dans quels cas elle est obligatoire.

Avant de poser un poêle, un insert ou un foyer fermé, il y a un document que vous ne verrez peut-être jamais si vous ne le demandez pas, et qui décide pourtant de tout : la note de calcul conduit de fumée, comme on l’appelle sur les devis, établie selon la norme EN 13384-1. Elle dit si le conduit tirera assez, si les fumées resteront assez chaudes jusqu’au débouché, et si l’amenée d’air suffira. Elle est obligatoire sur chaque installation depuis 2006, elle est contrôlée lors des audits des installateurs qualifiés, et c’est elle que l’expert réclame après un sinistre. Voici ce qu’elle contient, ce qu’elle vérifie, et pourquoi un abaque ne la remplace pas.

Schéma de la note de calcul EN 13384-1 d'un conduit de fumée : les données de l'appareil, du conduit et du site en entrée, et les trois vérifications en sortie, tirage, température et régimes de fonctionnement
Ce qui entre dans le calcul, et ce qu’il doit démontrer.

Une norme de calcul, pas une norme de pose

L’EN 13384-1 est une norme européenne de méthodes de calcul thermo-aéraulique des conduits de fumée. Elle ne dit pas comment poser un conduit, c’est le rôle du NF DTU 24.1 ; elle dit comment vérifier, par le calcul, qu’un conduit donné convient à un appareil donné dans un lieu donné. Sa partie 1 traite d’un conduit qui dessert un seul appareil, le cas de toutes les maisons. C’est celle-ci qui nous concerne chez Etincelles. Elle s’applique au tirage naturel, pour tous les poêles et inserts, où le conduit est en dépression.

Le principe est celui d’un bilan. D’un côté, la dépression que crée la colonne de fumées chaudes dans le conduit, dépendante de sa hauteur et de la température des fumées. De l’autre, tout ce qui s’y oppose : les frottements dans le conduit, les coudes, le té, le chapeau, la résistance de l’appareil lui-même et celle de l’amenée d’air avec ses grilles. Le conduit convient si la dépression disponible couvre ces pertes, dans les conditions les plus défavorables, et si la température des fumées reste suffisante jusqu’en haut.

Ce que la note de calcul vérifie

  • Le tirage. La dépression disponible à la buse de l’appareil doit être au moins égale à celle que le fabricant exige, après déduction de toutes les pertes de charge. La norme impose d’inclure la perte de charge de l’amenée d’air comburant, grilles d’entrée et de sortie comprises. Un calcul qui prend une valeur forfaitaire pour l’air n’est pas conforme, et c’est une cause fréquente de combustion médiocre et de refoulement. Concrètement, la norme compare deux pressions. Celle au point de jonction entre le conduit de raccordement et le conduit de fumée et celle calculée côté conduit. Cette dernière doit être supérieure ou égale à la première, et le tirage thermique doit dépasser la dépression du local. Ce critère se vérifie avec une température extérieure de 15 °C, la plus défavorable pour le tirage : un conduit qui tire en janvier doit aussi tirer en avril.
  • La température. Les fumées doivent rester assez chaudes pour que la paroi intérieure du conduit, au débouché, reste au-dessus du point de rosée. En dessous, la vapeur d’eau et les goudrons condensent : c’est l’origine du bistre . Le critère : la température de la paroi intérieure du conduit au débouché doit rester au-dessus du point de rosée des fumées, ou au-dessus de 0 °C quand la condensation est admise. Les conditions de calcul dépendent de l’appareil. Pour un appareil à bûches, le conduit est vérifié en conditions sèches, classe D, avec une température extérieure de 0 °C : aucune condensation admise, même si le conduit posé est classé W. Pour un poêle à granulés, dont les fumées sont froides, le calcul se fait en conditions humides, classe W, sauf indication contraire de la notice : la condensation est possible, le conduit, tubage ou conduit concentrique, doit donc être classé W, résistant aux condensats, et le calcul vérifie l’absence de gel avec la température extérieure de la zone climatique, -3,5 °C pour l’Île-de-France.
  • Les régimes de fonctionnement. La vérification se fait toujours à puissance nominale, en conditions sèches pour un appareil à bûches, c’est-à-dire en considérant le conduit comme non résistant à l’humidité même s’il l’est. Le calcul à puissance réduite n’est fait que si le fabricant déclare les données de l’appareil à ce régime.  S’y ajoute le calcul porte ouverte si l’appareil peut fonctionner ainsi.

La note de calcul conduit de fumée tient en une page ou deux : les données d’entrée, les valeurs calculées de dépression et de température à chaque régime, et la conclusion, conforme ou non. 

Ce qu’il faut fournir au calcul

L’appareil, d’après sa déclaration des performances (DoP) et sa notice :

  • puissance utile nominale, et minimale si le fabricant la déclare ;
  • température des fumées à la buse ;
  • débit massique des fumées, et le taux de CO₂ ;
  • dépression requise à la buse, qu’un appareil à granulés, qui a son extracteur, peut déclarer nulle, la norme ne sachant pas encore tenir compte de cet extracteur sur les pertes de charge en amont ;
  • perte de charge admissible de l’amenée d’air.

Le conduit, tel qu’il est projeté ou existant :

  • diamètre et hauteur utile ;
  • tracé et nombre de coudes ;
  • nature, résistance thermique et rugosité de la paroi ;
  • parcours à l’intérieur ou à l’extérieur du bâtiment ;
  • conduit de raccordement, avec sa longueur et sa hauteur utile ;
  • té, chapeau et coefficient de perte de charge du débouché ;
  • amenée d’air : longueur, section et grilles.

Le site :

  • température extérieure : 15 °C pour le critère de tirage ; pour le critère de température, 0 °C en conditions sèches pour les bûches, et la température de la zone climatique en conditions humides pour les granulés, -3,5 °C en Île-de-France ;
  • altitude, avec une correction de 1 °C par 100 m au-delà de 200 m ;
  • pression du vent au débouché : nulle si le débouché respecte l’arrêté de 1969, sinon 25 Pa à l’intérieur des terres et 40 Pa à moins de 20 km de la mer ;
  • température autour du conduit : 20 °C en zone chauffée, 10 °C dans des combles non chauffés ;
  • position du débouché par rapport au faîtage et aux obstacles.

C’est pour cette raison que nous demandons un plan et des photos avant de chiffrer, et que la visite technique confirme ensuite : hauteur réelle du conduit, longueur du raccordement, possibilité d’une amenée d’air directe. Pour un appareil à granulés étanche à conduit concentrique, la même note de calcul est exigée par le CPT 3708-V4, avec les données de l’Avis Technique du conduit.

Ce qui doit figurer sur la note de calcul

Une note de calcul conduit de fumée conforme ne se résume pas à un « OK » : elle rappelle la configuration et conclut sur chaque critère, pour que n’importe qui puisse la relire des années plus tard. Ce qu’elle doit comporter :

  • la date, l’entreprise et l’adresse du chantier, avec son altitude ;
  • la méthode : logiciel, avec son nom et sa version ;
  • l’appareil : marque, modèle, puissance, diamètre de la buse de sortie des fumées et de l’entrée d’air, température des fumées et tirage requis à la buse, au nominal et au minimum si le fabricant le déclare;
  • l’amenée d’air comburant : grille, conduit spécifique ou conduit concentrique, et sa section ;
  • le conduit de raccordement et le conduit de fumée : type, marque, modèle, diamètre, désignation complète ;
  • les conditions de calcul retenues, sèches pour les bûches, humides pour les granulés, et la classe du conduit, W pour un appareil à granulés ;
  • un schéma de l’installation ;
  • et le résultat des deux critères, pression et température, à chaque régime calculé.

Une note sans schéma, sans version de logiciel ou sans référence de notice est une note incomplète.

Pourquoi un abaque ne suffit pas

Les abaques des fabricants, ces tableaux qui donnent un diamètre en fonction de la puissance et de la hauteur, ont longtemps tenu lieu de dimensionnement. Ils ne manipulent que trois paramètres et en figent huit autres, température des fumées, amenée d’air forfaitaire, hauteur en combles et à l’extérieur, altitude, isolation, et ignorent la trentaine qui restent, dont le taux de CO₂ qui pilote le point de rosée et les pertes réelles d’une amenée d’air directe. Dès que l’installation s’écarte de leurs hypothèses, ce qui est presque toujours le cas, ils ne prouvent rien. Il n’en existe d’ailleurs pas pour les poêles à granulés, précisément là où le calcul est le plus souvent négatif. Le DTU 24.1 de 2020 a tranché : les abaques de catalogue ne sont plus recevables, un véritable dimensionnement doit être réalisé. 

Est-elle vraiment obligatoire ? Ce que disent les textes

Tout dépend de l’endroit où débouche le conduit. Si le débouché respecte l’arrêté du 22 octobre 1969, 40 cm au-dessus du faîtage, à distance des obstacles, l’installation relève du NF DTU 24.1, dont l’article sur le dimensionnement exige le calcul selon l’EN 13384-1 sur chaque installation, sans exception, et du DTU 24.2 pour les inserts. Un DTU n’a pas force de loi en soi, mais il devient contractuel dès que la notice de l’appareil renvoie aux normes européennes, dès que l’installateur est qualifié RGE Qualibois, dont la charte impose le respect des règles professionnelles, ou dès que le devis mentionne les règles de l’art. Pour l’assureur et pour l’expert judiciaire, le DTU est la référence, et son non-respect une faute.

Si le débouché ne respecte pas l’arrêté de 1969, sortie en façade ou terminal bas en toiture, l’installation doit être étanche et relève des Avis Techniques et du CPT 3708, qui imposent eux aussi le calcul EN 13384-1, conduit et amenée d’air. Sans calcul, l’installation n’est pas conforme à son Avis Technique. Enfin, les audits RGE, tirés au sort parmi les chantiers du professionnel, vérifient la présence du justificatif de dimensionnement et la conformité du conduit à ce justificatif ; une absence est classée non-conformité majeure.

Le cas particulier des conduits concentriques

Pour un poêle à granulés étanche raccordé à un système concentrique, l’air comburant descend dans l’espace annulaire pendant que les fumées montent au centre, et les deux échangent de la chaleur sur toute la hauteur. La méthode de l’EN 13384-1 n’a pas été écrite pour cela. La méthode n’est pas fiable aujourd’hui pour les conduits concentriques. Deux études CETIM/CSTB, en janvier 2022 et juillet 2024, ont relevé des notes de calcul contredites par les essais de couplage et par des installations qui fonctionnent sans défaut sur le terrain, en particulier sur le tirage et la condensation, et des résultats différents d’un logiciel à l’autre pour la même installation.

En attendant la révision de la norme, engagée au CEN, le dimensionnement d’un système concentrique se valide d’abord sur les données du fabricant de l’appareil et sur les essais de couplage, qui fixent les hauteurs et les diamètres admis pour chaque configuration, verticale ou en façade. C’est la logique du CPT 3708-V4 et des Avis Techniques : la note de calcul conduit de fumée reste exigée, mais elle se lit avec ces limites en tête, et la notice de pose du conduit prime. Pour une installation avec une amenée d’air indépendante du conduit de fumées, la méthode s’applique sans réserve, comme pour une installation traditionnelle.

Quelques cas non exhaustifs où le calcul dit non, et ce qu’on fait

Ce que le calcul révèleLa cause habituelleLa solution avant la pose
Condensation au débouchéconduit trop large ou non isolé, appareil à granulés à faible température de fumées, allure réduite trop bassetubage de plus petit diamètre, conduit isolé, té de récupération des condensats
Tirage insuffisantconduit court, mauvaise isolation, section insuffisante, trop de coudes, raccordement long, amenée d’air insuffisanterehausser le débouché, simplifier le tracé, augmenter la section du conduit, amenée d’air plus large
Tirage excessifconduit très long, section non adaptée, petit appareilappareil mieux adapté, réduire la section du conduit, installer un modérateur de tirage
Amenée d’air insuffisantegrille trop petite, parcours long avec des coudes, logement étanche avec VMC simple fluxsection recalculée en tenant compte du passage d’air des grilles, raccordement direct à l’appareil à favoriser

Le fil conducteur est la combustion : un conduit qui tire mal, c’est un appareil qui refoule, encrasse l’installation et consomme et un conduit froid favorise l’apparition du bistre. Le calcul ne garantit pas tout: il reste le bois sec, l’entretien et l’utilisation, mais il exclut les défauts d’installation, et quand un client se plaint d’un appareil qui fonctionne mal, il permet de chercher la cause ailleurs sans discuter.

Questions fréquentes sur la note de calcul conduit de fumée

La note de calcul conduit de fumée est-elle obligatoire ?

Oui, pour toute installation. Le NF DTU 24.1 l’exige systématiquement depuis 2006, et sa version 2020 précise qu’elle se fait à puissance nominale, à puissance minimale si le fabricant déclare les données de ce régime, et porte ouverte si l’appareil le permet. Pour un appareil à granulés étanche dont le conduit débouche hors des règles de l’arrêté de 1969, le CPT 3708 et les Avis Techniques l’imposent aussi. Et les audits RGE la contrôlent : sans justificatif, la non-conformité est majeure.

Qui réalise la note de calcul, et avec quoi ?

L’installateur, avec un logiciel conforme à l’EN 13384-1, à partir des données de la notice de l’appareil et du projet de conduit. Chez Étincelles, le dimensionnement est vérifié sur chaque projet dès l’étude ; la note de calcul formalisée est établie quand la configuration le demande, conduit existant à tuber, grande hauteur, tracé avec coudes, appareil à granulés, sortie en façade. Elle vous est remise sur demande avec le dossier de votre installation, une fois la commande signée : c’est un document d’exécution lié à notre chantier, pas une pièce de consultation. Les fabricants de conduits proposent aussi leurs outils ; l’important est que le calcul intègre l’amenée d’air et ses grilles.

Un abaque de dimensionnement suffit-il ?

Non. Un abaque ne manipule que trois paramètres, section, hauteur et nature du conduit, en figeant tous les autres : température des fumées, amenée d’air, coudes, altitude, isolation. Dès que l’installation s’en écarte, il n’est plus valable, et il n’en existe pas pour les poêles à granulés, là où le calcul est le plus souvent négatif. Le DTU 24.1 de 2020 le dit en clair : les abaques de catalogue ne sont plus recevables ; seuls les abaques du CSTB et du guide RAGE, bâtis sur l’EN 13384-1, restent admis dans leur domaine, pour un appareil à bûches sur un conduit traditionnel.

Quelle dimension pour un conduit de cheminée ?

Celle que donne le calcul, pas une habitude. En ordre de grandeur, un poêle à granulés se raccorde en 80 mm, un poêle à bûches en 150 ou 180 mm selon sa puissance, un foyer fermé souvent en 180 ou 200. Un  boisseau en terre cuite n’est plus adapté à un appareil récent : les fumées y refroidissent, condensent, et c’est le tubage, dimensionné par le calcul, qui règle le problème.

Quel tirage pour un poêle à bois, et comment le mesurer ?

Les fabricants demandent une dépression à la buse de l’ordre de 10 à 15 Pa pour un poêle à bûches, et comptent sur leur extracteur pour un poêle à granulés. On la mesure avec un déprimomètre, appareil en marche, par un piquage dans le conduit de raccordement. Le calcul, lui, prévoit cette valeur avant la pose, dans les conditions défavorables, 15 °C dehors pour le tirage et puissance minimale quand le fabricant la déclare : c’est tout son intérêt.

Faut-il une note de calcul pour un simple tubage ?

Oui. Tuber un conduit existant, c’est choisir un diamètre, une nature de tubage et un parcours : exactement ce que le calcul vérifie. C’est même le cas le plus utile, parce qu’un conduit maçonné, en place, impose sa hauteur et sa section, et seul le calcul dit si l’appareil choisi y fonctionnera sans condensation ni refoulement.

EN 13384-1 ou EN 13384-2, quelle différence ?

La partie 1 traite d’un conduit desservant un seul appareil, le cas de toutes les maisons. La partie 2 traite des conduits qui desservent plusieurs appareils, les conduits collectifs d’immeuble. Pour un poêle, un insert ou un foyer fermé, c’est toujours la partie 1.

Que se passe-t-il si le calcul est négatif ?

On change quelque chose avant de poser, c’est le but. Risque de condensation : conduit isolé ou tubage de plus petit diamètre, té de récupération des condensats pour un appareil à granulés. Tirage insuffisant : conduit plus haut, moins de coudes, amenée d’air plus large. Tirage excessif : conduit moins haut, section plus petite ou appareil plus puissant. Un calcul négatif n’est jamais une mauvaise nouvelle, c’est une panne évitée.

Vous avez un conduit existant et vous vous demandez quel appareil il peut recevoir, ou un projet sans conduit ? Envoyez-nous un plan, quelques photos et la hauteur approximative du conduit : nous vérifions le dimensionnement avant de vous proposer quoi que ce soit. La note de calcul, quand votre configuration la justifie, vous est remise avec le dossier de pose une fois la commande signée.

Sources : norme NF EN 13384-1, NF DTU 24.1 (septembre 2020), e-cahier CSTB n° 3708_V4 (avril 2026), le livre blanc Synetam « Le dimensionnement des conduits de fumée des installations de chauffage individuel au bois » (commission Conduits de fumée, février 2025), et l’information réglementaire « Quid de l’obligation du calcul de dimensionnement des conduits de fumée » de Philippe Bourgoin, expert judiciaire, Install Bois, novembre 2022.